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Le cas Villaplane Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par carco   
28-02-2007

Alexandre Villaplane, de la gloire à l'ignominie ...

Alexandre Villaplane

 

 

 

 


Né le 12 septembre 1905 à Constantine, fusillé le 26 décembre 1944 à 10h00 du matin au fort de Montrouge.
Clubs successifs :
FC Sète (1925-1927)
SC Nîmes (1927-1929)
Racing Club de France (1929-1932)
FC Antibes (1932-1933)
OGC Nice (1933-1934)
Bordeaux (1934-1935)

La carrière d'Alexandre Villaplane:

Villaplane arrive à Sète en 1921 chez ses oncles. Il s'inscrit dès cette année là chez les minimes du FC Sète alors entraîné par Gibson, l'écossais capitaine de l'équipe, et se révéle un excellent joueur,en particulier de la tête Cette équipe donnera 3 internationaux : Laurent Henric le gardien, Louis Cazal, et ... Villaplane.

VILLAPLANE, assis au centre avec le ballon entre les jambes,au sein des minimes du FC Sète en 1922


Il joue même en tant que junior quelques matchs en équipe 1. En 1923, après une dispute,il quitte Sète pour Végèze, dans la banlieue nîmoise,l'équipe des sources Perrier, pour y jouer en promotion (2ème division) comme titulaire. Déja, il se fait remarquer pour ses qualités sur le terrain mais aussi son côté cupide...
Il revient à Séte,en tant que titulaire en 1924, et joue pendant 3 ans en équipe 1ère comme demi-centre ou inter (à l'époque).
En 1927,il quitte Sète pour le Sporting Club Nîmois, grand rival des sètois, qui lui offre un emploi de représentant.Nous sommes à l'époque de l'amateurisme "marron" et il est évident que son tranfert est bien payé. Avec Nîmes,il sera encore international.

Alexandre Villaplane


Alexandre Villaplane


En 1929, Villaplane part pour le Racing Club de France qui, sous la direction d'un nouveau président Jean Bernard-Levy,a décidé d'investir pour rivaliser avec les meilleurs clubs ( Marseille,Sète ou Red Star). Outre Villaplane, capitaine de l'équipe de France, le Racing recrute Marcel Galey de Sète, qui deviendra le soigneur accompagnateur du Racing pendant 30 ans, Tassin le gardien amiénois.
L'amateurisme "marron" qui permet aux joueurs de toucher d'importantes sommes d'argent sans que cela ne soit déclaré (comme un peu dans le rugby des années 70 et 80) fait que les joueurs qui savent y faire et profitent largement de la situation. Toujours est-il que c'est sans aucun doute, au cours de ces 3 années au Racing qu'il va faire de très mauvaises fréquentations et avoir un mode de vie de plus en plus débridé.

La seule finale de coupe de France (1930) à laquelle a participé Villaplane


Avec l'officialisation du professionnalisme, il redescend dans le sud,pour signer à Antibes. Club de faible renommée qui a aussi décidé d'investir. Il y retrouve ses 2 copains d'enfance : Laurent Henric et Pierrot Cazal. Les résultats sont excellents puisqu'Antibes termine à la surprise générale,en tête de son groupe et Villaplane est capitaine.
Le championnat est divisé en 2 groupes de 10 clubs et une finale oppose les vainqueurs de chaque poule. Mais à peine terminé le dernier match, un scandale survient. Fives Lille aurait vendu le match. Un seul "coupable" est châtié, l'entraîneur d'Antibes qui aurait acheter la faiblesse de l'équipe adverse. Or, certains articles de journaux de la règion de Cannes semblent mettre directement en cause Villaplane dans cette affaire de corruption. Antibes est déclassé(mais pas relégué) et les 3 anciens sétois quittent le club.
Villaplane va continuer sa carrière sous les couleurs de l'OGC Nice, mais là aussi, la saison sera désastreuse. S'il dispute 20 des 26 matchs de championnat en tant que capitaine,il est plusieurs fois sanctionné d'amendes pour avoir manquer des entraînements, et, dansl'Eclaireur de Nice et les sports du sud-est, on critique son manque de combativité, sa vie facile, et sa passion pour les courses de chevaux. Sa réputation dans les milieux du football français est alors terrible,plus personne ne veut de lui. L'OGC Nice est relégué en division 2 et Villaplane exclu du football français.

Ici avec l'OGC Nice en 1933-34,il est debout, bras croisé, à côté de l'entraîneur Charly Bell


Pourtant, à ce moment très difficile, son premier entraîneur se souvient de lui.Victor Gibson qui a quitté Sète pour Marseille puis Sochaux, vient de signer un contrat pour entraîner le déportivo-Bastidienne de Bordeaux en 2ème division et tend une perche au gamin qu'il avait lancé à Sète.
Hélas ! cela ne servira à rien. Au bout de quelques mois,Villaplane est licencié pour ses absences répétées et en 1935,il est incarcéré pour avoir participéà des paris truqués sur les champs de course de la Côte d'Azur et de Paris. A partir de ce moment là,il n'est plus question de Villaplane dans la presse sportive ...

Sa carrière internationale :
25 sélections en équipe de France (1925-1930)
Demi (inter) très actif,qui fut le capitaine de l'équipe de France lors de la coupe du monde 1930. Considéré par les historiens du football français comme le "Platini" de ces années là, il s'entendait bien avec ses attaquants, en apportant d'excellent ballons à l' avant centre Nicolas puis en 1930, à Laurent, le 1er buteur de la coupe du monde. Villaplane était vraiment très apprécié du public parisien,pour son engagement physique et sa touche de balle élaborée.

L'équipe de France 1930 en partance, sur un bateau, vers l'Uruguay, pour la coupe du monde 1930

France - Mexique (4-1) 1er match des bleus en coupe du monde : Villaplane est tout en haut, à droite



Dérive et déchéance morale d'un bleu :

Dès la fin de sa carrière écourtée pour escroqueries divers, Villaplane plonge définitivement dans le grand banditisme, ce qui lui vaut jusqu'en 1940,des séjours prolongés à la prsion de la Santé. Aprés la débâcle de 1940 et l'installation de la Gestapo à Paris, c'est en sortant de prison qu'il est recruté par le tristement célèbre Henri Chamberlin dit "Laffont", chef de la future gestapo française surnommée "la carlingue", un vrai ramassis de tueurs à gages, d'escrocs, de patrons d'industrie et d'artisans ruinés par la guerre, de médecins, d'ouvriers, de chômeurs et ... de sportifs de haut niveau déchus.
Cette association de criminels s'installa au 93 rue Lauriston, adresse encore de sinistre mémoire car ce fut le lieu d'atrocités et de tortures indescriptibles subies par des centaines de résistants, hommes et femmes, dans le but de démanteler les réseaux de résistance qui devenaient de plus en plus actifs,dès 1941. Il faut reconnaître, hélas, que les sbires de Laffont et notamment Villaplane, lieutenant zélé s'il en fut, furent extrêmement efficaces en ce qui concerne la chasse aux patriotes et leurs aveux sous la torture. Par les mêmes moyens sanguinaires, ils brutalisèrent des juifs dénonçés par des délateurs anonymes, pour leur extorquer, bijoux, or , tableaux et meubles de valeurs et bien sûr leurs argents liquides. Arrivés à leurs fins, ces tortionnaires les livraient à la gestapo qui les envoyaient dans les camps de la mort.
En mars 1944, la "carlingue" multiplia les raids sous couvert de lutte contre la résistance,en fait, ils se livrérent à un pillage en règle du Périgord .
Aprés la mort de soldats allemands, Villaplane en représaille, prit 50 otages à Mussidan, il en assassina 10 de ses propres mains, dont un enfant de 13 ans.
Il faut noter encore qu'en 1943, Laffont fut naturalisé allemand et obtint le grade de capitaine SS, Villaplane et 4 des chef de groupes armés, eux, comme lieutenants SS ...
Très rapidement, il fut arrété en Août 1944, avec une grande partie de cette bande de collaborateurs, y compris Laffont et son adjoint Bonny.
Jugé avec ses comparses,par la cour de justice de la Seine le 1er décembre 1944, ils furent tous condamnés à mort pour haute trahison, intelligence avec l'ennemi, meurtres, actes de barbarie, et furent fusillés au fort de Montrouge le 26 décembre 1944 à 10 heures du matin.

Arrestation de la "carlingue" fin Août 1944 : Villaplane est sous la croix



Bibliographie:

"Tu trahiras sans vergogne : les tortionnaires de la gestapo française" de Philippe Azziz (livre de poche 1970)
Pages concernant Villaplane :93, 101-102, 143, 152, 321, 339, 344, 347, 349

"La bande Bonny-Laffont" Serge Jacquemard (Fleuve Noir 1992)
Pages concernant Villaplane :120, 134, 172, 174-175, 218


Conclusion:

Le cas Villaplane est caractèristique de cette époque trouble d'avant guerre. Son attirance vers la pègre et la vie facile débute certainement lors son contrat au Racing, et dès lors, c'est la lent descente vers ce qui sera, en toute fin, de la barbarie pure et simple.
Tous ces malfrats, marginalisés par une société qui vacille, elle aussi,en 1940, profiteront de l'opportunité accordée par l'occupant allemand, pour s'emparer, par des pillages, des meurtres, et deviendront les pires ennemis des combattants pour une France libre.
C'est ce sentiment d'impunité générale et un enrichissement immédiat au dépend de la population, qui a poussé Villaplane avec ses sbires, à atteindre un tel niveau d'ignominie qui ne trouva son dénouement que face au peloton d'exécution.
Finalement, son statut de capitaine de l'équipe de France de football, ô combien envié à l'époque, n'influença en rien ses actes infâmants.
Par ailleurs, il est étonnant que la F.F.F. ait occulté discrètement, l'ignoble comportement de celui qui fut son 1er capitaine de l'équipe nationale dans une coupe du monde naissante en Uruguay.
Il est important d'informer le public, des détails prècis, de ce qui fut l'une des périodes les plus sombres de l'histoire de France : la colaboration active.
Dernière mise à jour : ( 28-03-2007 )
 
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