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Le 17 octobre 1973, un match de légende : Angleterre - Pologne Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Pascal   
27-03-2007

Le 17 octobre 1973 l’Angleterre reçoit la Pologne à Wembley. L’enjeu de ce match est simple. A l’issue des 90 minutes une des deux équipes sera qualifiée pour la Coupe du Monde 1974. Pratiquement vingt ans jour pour jour après avoir été humiliés par les magnifiques Magyars les Anglais vont à nouveau être les victimes d’une autre équipe venue de ce que l’on appelait à l’époque « le bloc de l’Est » ...
Un article signé Pascal Smigiel, le spécialiste du football polonais en France.

La nuit du clown ...

Le programme officiel du match Angelterre - Pologne 1973



L’Angleterre s’amuse

Avant ce dernier match du groupe éliminatoire les données sont simples. Les Polonais comptent quatre points, les Anglais seulement trois alors que les Gallois sont hors course. Il suffit donc d’un point aux joueurs de Gorski pour se qualifier. Pour les joueurs de Sir Alf Ramsey la victoire est impérative.
Pour toute l’Angleterre l’issue du match ne fait aucun doute. Les Anglais ont battu l’Autriche 7 à 0 quelques semaines plus tôt. Vu d’outre Manche l’Autriche et la Pologne c’est du pareil au même. C’est donc bien le diable si les partenaires de Martin Peters n’infligent pas le même tarif aux Polonais. De Londres à Manchester, de Liverpool à Newcastle le moral est au beau fixe. Les supporters anglais ironisent en assurant que Peter Shilton, leur gardien, sera tellement peu sollicité qu’il pourra vendre des hamburgers sur sa ligne de but. Peter Taylor compare l’équipe polonaise toute entière à des ânes. A la télévision Brian Clough qualifie le gardien Tomaszewski de clown. Le gardien polonais avouera des années plus tard que cela avait constitué pour lui une source de motivation supplémentaire. Pour ne pas être en reste la presse anglaise affirme que le gardien polonais réalisera la pire prestation jamais vue à Wembley.
Sur la route de Wembley la Pologne s’offre un galop d’essai face aux Néerlandais. A Rotterdam face à Johan et ses Oranges Mécaniques les co-équipiers de Deyna obtiennent un probant résultat nul. La nouvelle n’a pas du arriver jusqu’au pays de sa Gracieuse Majesté. L’Angleterre, tels les passagers du Titanic, fonce en toute sérénité vers l’iceberg polonais qui va causer sa perte.


L’Angleterre s’interroge

En ce soir d’octobre l’Empire Stadium de Wembley est plein comme un œuf avec 100 000 spectateurs chauffés à blanc. A cet instant du match les quelques supporters polonais ne font pas le poids. Ils auront leur revanche un peu plus tard. L’ambiance d’avant match est détestable. Kazimierz Gorski l’entraîneur polonais raconte : « Je me souviens, mes joueurs sont rentrés au vestiaire après l'échauffement et ils étaient très en colère. Ils m'ont dit que les supporters anglais les avaient traités d'animaux. Je savais que je n'avais rien d'autre à dire. Mon équipe était prête pour ce match si important ».
A leur entrée sur le terrain les joueurs anglais adressent un regard plein de suffisance à leurs adversaires d’un soir. L’hymne national polonais est inaudible tellement il est hué. Les hommes de Gorski encaissent sans broncher. En leur for intérieur peut être savent ils déjà.

Echange des fanions entre Peters et Deyna


Dès le coup d’envoi les Anglais mettent la pression sur les Polonais. A la première minute Allan Clarke vient percuter Tomaszewski. Le gardien se tord de douleur et l’on craint même une fracture. Le grand Jan explique : « je faisais tranquillement rouler le ballon et n’avais pas vu l’attaquant anglais. Il a fait son boulot en essayant de me prendre la balle mais il m’a salement touché à la main. Cela a eu pour effet de me réveiller ». Première erreur anglaise donc : ne jamais réveiller un Tomaszewski qui dort. Cela peut avoir des conséquences terribles.
Durant le premier quart d’heure les Britanniques campent dans le camp polonais sans se créer d’occasions franches. A la 17ème minute Channon, suite à une remise de la tête de Mac Farland au deuxième poteau se retrouve à six mètres des cages de Tomaszewski. Il frappe mais le gardien sort la balle du pied. Au plus fort de la tempête l’équipe de Pologne s’évertue à jouer court en progressant par petites passes pour casser le rythme des joueurs anglais. Deyna distribue le jeu à la perfection. De la 20ème à la 35ème minute l’étau anglais se desserre un peu. La Pologne en profite pour venir occuper le camp adverse plus fréquemment. Les dix dernières minutes de cette première période sont, en revanche,  très difficiles pour les hommes de Gorski. Les Anglais accélèrent. Ils ont laissé ce soir là leur célèbre « kick and rush » au vestiaire et proposent un jeu posé et construit. Les corners s’accumulent (quinze en première mi-temps). Dans son but le clown polonais fait des merveilles. A la 39ème minute il se détend côté droit pour détourner un tir de Colin Bell qui prenait le chemin des filets. A la 43ème il sort une tête de Channon et récidive deux minutes plus tard sur une autre tentative de la tête de l’attaquant anglais. L’arbitre siffle la fin de la première période sur le score de 0 à 0. L’Angleterre rit jaune. La question n’est plus de savoir combien de buts vont encaisser ces diables d’hommes en rouge mais de savoir si les Anglais vont parvenir à en mettre un.

Tomaszewski se joue des attaquants Britanniques


L’Angleterre s’inquiète

Dès le début de la seconde mi-temps Allan Clarke vient encore s’essuyer les pieds sur Tomaszewski. A croire que l’attaquant de l’équipe d’Angleterre n’a pas retenu la leçon : on ne réveille pas le clown qui dort. A la 50ème minute le gardien polonais sort des poings un tir de Currie. Peu avant l’heure de jeu Musial, impérial depuis le début du match, lance Lato en profondeur sur l’aile gauche. Une passe trop profonde qu’intercepte Norman Hunter. Le défenseur anglais au lieu de dégager en touche veut finasser. Lato surgit et lui prend la balle qu’il conduit sur une trentaine de mètres. Gadocha dans l’axe embarque la défense centrale britannique sur une fausse piste et démarque Domarski sur l’aile droite. Le public n’a pas le temps d’apprécier la triple permutation des attaquants polonais. Le numéro dix rouge arme son tir des vingt mètres. La balle part à ras de terre. Shilton, tel une de ces crèmes gélatineuses que l’on sert au Royaume Uni, s’affale sur la pelouse. Le ballon lui passe sous le ventre. But pour la Pologne. Dans Wembley on peut entendre une mouche voler.

Domarski ouvre le score pour la Pologne



L’Angleterre ne rit plus du tout. Six minutes après le but de Domarski l’Angleterre va revenir au score. Un coup franc à trente mètres des buts polonais est joué rapidement sur Martin Peters. Le capitaine anglais s’effondre dans la surface. L’arbitre belge siffle immédiatement un pénalty discutable. Allan Clarke s’élance et prend son ami Tomaszewski à contre-pied.
Il reste encore trente minutes à jouer. Le gardien polonais va monter qu’il est définitivement réveillé. De la 65ème à la 80ème il s’interpose cinq fois de façon décisive. Il détourne tout d’abord en corner un centre tir de Currie sous la barre. Puis à hauteur de son point de pénalty il sort du pied un tir de Clarke. Dans la minute qui suit il détourne un tir des 18 mètres de Norman Hunter. Il arrête ensuite un nouveau tir de Currie avant de détourner en corner un tir de Clarke à six mètres des buts.
Les Polonais vivent l’enfer. Pourtant ils gardent leur calme et profitent de toutes les occasions pour aller porter le danger dans le camp anglais. A dix minutes de la fin Lato part seul au but. Il est ceinturé par Mac Farland qui prend un carton jaune. Dans les minutes qui suivent l’ailier polonais se croyant hors jeu tergiverse en se présentant seul face à Shilton. Il rate ainsi une occasion unique de donner la victoire à ses couleurs.
A l’ultime minute de jeu Szymanowski sauve sur sa ligne une dernière tentative anglaise. Quelques secondes plus tard Mr Vital Loraux siffle la fin du match. Les Polonais à l’issue d’un match plein d’intelligence et de solidarité se sortent sans dommage du piège qui leur était tendu. Sur le terrain les joueurs au maillot rouge se congratulent. On voit même le drapeau polonais flotter sur la pelouse de Wembley.



L’Angleterre s’effondre
Pour les Anglais l’ambiance est toute autre, le choc est terrible. C’est la première fois que l’équipe nationale est éliminée à ce stade de la compétition. Inutile de préciser que les rois du fair-play n’échangeront pas leurs maillots avec leurs adversaires et que le banquet d’après- match initialement prévu sera annulé. Oublié le clown, le lendemain du match les journaux anglais élèvent le gardien polonais au rang de “ Iron Man ” (l’homme d’acier). Une presse britannique qui n’hésite pas à mettre à la une de ses journaux des titres aussi évocateurs que « humiliation nationale » ou «  désastre pour le football ». Sir Alf Ramsey le sélectionneur anglais sera limogé quelque temps après. Quand à l’équipe d’Angleterre elle se prépare à une traversée du désert. Elle ne retrouvera la coupe du monde qu’en 1982.
Les Anglais ne sont pas les seuls à être déçus. Les organisateurs allemands de la Coupe du monde font grise mine. Ils vont être obligés de se passer de la manne financière que devait apporter les supporters venus d’outre Manche et perdent ainsi quelques millions de Marks.
Monsieur Vital Loraux l’arbitre du match sera bien présent en Allemagne. Avec seulement un match arbitré et deux apparitions comme juge de touche il y sera cantonné à un rôle de figurant. Etonnant pour quelqu’un qui arbitrera la finale de la coupe des clubs champions 1974 entre le Bayern Munich et l’Atletico Madrid. Peut être faut il y voir là une punition infligée par la FIFA et son président anglais Sir Stanley Rous pour service non totalement rendu ?
Après celle de 1938, la Pologne participera donc à sa deuxième phase finale de coupe du Monde. Pour les Polonais c’est le début d’une réputation d’empêcheurs de « jouer en rond » entre grandes nations du football. En représailles ils seront condamnés à un isolement médiatique de la part de la presse durant la coupe du monde 74. Ce match constituera pour l’équipe polonaise le début d’une formidable aventure qui ne prendra fin qu’en 1982. A l’évocation de cette rencontre de Wembley Grzegorz Lato se souvient : « ce match reste le meilleur souvenir de ma carrière. A l’issue de la rencontre pour les British c’était la fin du monde. Cette victoire nous a ouvert les portes de tout ce qui a suivi. Et puis on a été contents de donner une leçon à la presse anglaise, aux supporters et à l’équipe dont le comportement a été odieux. On nous appelait « the animals » on nous adressait des gestes obscènes. Quand je regarde ce match aujourd’hui c’est sur qu’on a eu beaucoup de chance, que Tomaszewski a sorti le match de sa vie, mais c’est vrai aussi que ce 17 octobre 1973 est née la grande équipe de Pologne ».
Quoiqu’il en soit s’il est une valeur qui a permis aux Polonais de s’en sortir ce soir là c’est la solidarité. Solidarité entre les joueurs bien entendu mais également celle qui a plané de Pologne au-delà des frontières pour soutenir les joueurs au maillot blanc frappé de l’Aigle. Il n’est pas exagéré de dire que ce soir d’octobre 1973 c’est la nation polonaise toute entière qui s’est qualifiée à Wembley.

Un des nombreux arrêts de Tomaszewski



Fiche technique :
17.10.1973 (7h45 p.m.) Londres, Empire Stadium de Wembley
100 000 spectateurs
Arbitrage de Mr Vital Loraux (Belgique)

ANGLETERRE - POLOGNE  1:1 (0:0)
Buts : Domarski 57ème, Clarke (63ème sur pénalty)
Carton jaune : McFarland (80ème), Musial (17ème)

ANGLETERRE :
1 Peter Shilton
2 Paul Madeley
5 Roy McFarland
6 Norman Hunter
3 Emlyn Hughes
7 Anthony Currie
4 Colin Bell
11 Martin Peters (c)
8 Michael Channon
9 Martin Chivers (85’ Kevin Hector)
10 Allan Clarke
Sélectionneur : Alfred (Alf) Ramsey

POLOGNE :
1 Jan Tomaszewski
2 Antoni Szymanowski
5 Miroslaw Bulzacki
3 Jerzy Gorgoñ
4 Adam Musial
8 Leslaw Cmikiewicz
9 Kazimierz Deyna (c)
6 Henryk Kasperczak
7 Grzegorz Lato
10 Jan Domarski
11 Robert Gadocha
Sélectionneur: Kazimierz Górski (assisté de Jacek Gmoch)

30 ans après, reunion des héros de Wembley
Dernière mise à jour : ( 28-03-2007 )
 
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